Peindre
la nature in situ aujourd'hui
:
J’aimerais vous convaincre que je ne peins pas avec
un chevalet devant la nature par nostalgie. J'admire l'art
d’hier, je m'intéresse à l'art d’aujourd’hui
mais seul compte l'art de toujours. Nos cultures demeurent
éternellement étriquées face à
la grandeur inépuisable de notre environnement
naturel. Sortir de l’atelier pour aller à
cette rencontre est essentiel à l’éveil
de nos esprits. Je ne cherche pas à faire un paysage,
j’aimerais peindre l’univers qui nous entoure
de son amour. C’est étrangement cette expression
que je reçois de la nature; oui, un visage aimant.
Choisir un point de vue pour peindre est une première
démarche où se joue l’essentiel du
futur ouvrage, son concept, sa composition, sa poésie.
Je m’efforce de découvrir un parti qui appartient
à mon intime émotion et non pas au souvenir
d’un des nombreux peintres que j’ai tant aimé.
Le travail sur le motif est un long dépouillement.
J’aimerais m’affranchir de toutes les facilités,
mais c’est toute une vie. Sans émerveillement
la peinture deviendrait un sordide exercice d’écolier.
Je me dois de mesurer la sincérité de mon
choix avant même de réaliser mon ouvrage.
Mais j’ai beau tourner, hésiter, je resterai
toujours cet étudiant nourri par les œuvres
de ses pères. Nous ne sommes jamais qu’en
devenir sur un chemin entrepris malgré son issue
incertaine. Pariant sur le travail, la persévérance,
je pars à la recherche de mes propre signes plastiques,
guidé par la sensation de beauté que m'offre
la nature. Comment trouver le lien entre la sensation
qu’offre la visite d’un site et la nécessité
d’établir un motif solide dans son cadre
? Ces deux réalités sont aussi éloignées
que le sont la matière et l’esprit. Le métier
du peintre n’est’il pas de donner de l’esprit
à la matière ? Le peintre sur le motif recherche
son cadrage comme un photographe mais sans imiter les
effets par petits bouts de fausses matières ou
par des tromperies d’effets de lumière, il
ré-invente la réalité par les moyens
qu’offre la peinture et le dessin et sans dénaturer
la nature des matériaux de cette peinture et de
ce dessin. Pour le dire autrement, le peintre ne cherche
pas à copier les aspects optiques du modèle
mais invente des équivalents synthétiques
pour suggérer l’essentiel. Lorsque je commence
au fusain à circonscrire un morceau de paysage
où tout ce qui m’entoure doit y figurer cependant,
je redécouvre chaque masses comme si je les portais
moi même à bout de bras et les déplace
dans l’espace de mon tableau jusqu’à
ce qu’elle prennent de la force ainsi que leur justes
caractères les uns par rapport aux autres. Les
lignes sont des caresses sur le dos des volumes cependant
que sur la surface de la toile ces lignes deviennent des
animations d’arabesques, de la musique. Mon regard
plonge avec force dans l’épaisseur de l’espace
et demeure résolument attentif à l’ensemble
de mon champ de vision. Résultat d’un très
long travail sur mon regard.. Je lis de
plus en plus la nature par l’intérieur. J’ajuste
les masses par le langage des lignes avec la mesure du
sentiment qui me porte car aucun calcul ne peut surpasser
le bonheur de faire l’amour avec les formes. Il
est désastreux de construire des proportions avec
un esprit de froide géométrie, aussi malin
soit-il. Je fixe enfin mon tracé de fusain avec
un liant au pinceau et cette action transforme le dessin
en peinture. C’est une occasion pour mieux penser
les surfaces comme étant de futures plages de couleurs.
Je constitue ma palette en fonction du motif à
réaliser. Je recherche sans concession la couleur
proche de la nature par des mélanges. Les couleurs
vives ne sont pas compatibles avec la représentation
de la profondeur que je recherche. La couleur réclame
au contraire une découpe de formes en aplat. J’utilise
des tons rabattus également par refus du recours
à la séduction. Souvent j’aime la
force dans le dessin et la douceur dans la couleur car
je n’aime ni le trop de douceur ni le trop de force.
Je pose la couleur famille par famille en commençant
par les ombres, en prenant soin d’étendre
légèrement ces tons sombres pour ne pas
salir les touches plus en empattement des futures lumières.
Je recherche plus le rapport des tons entre eux que la
couleur isolée. Une note est arbitrairement juste
selon son contraste simultané avec l’ensemble
de l’harmonie du tableau. C’est une attention
soutenue avec cette impression montante d’une chorale
où chaque voie s’ajoute une à une
au cœur d’une partition que je découvre.
J’hésite, je me reprends, je me corrige,
pour, ponctuellement poser fortement une affirmation.
Une relative conviction me vient de ce que j’ai
préalablement longuement chercher. Mon but n’est
pas la représentation du détail. J’arrête
enfin mon tableau lorsque je reconnais cette primitive
impression que j’ai reçu du spectacle qui
m’a fait m’installer ici. Si je vous impose
un spectacle trop défini, ne suis-je pas un peintre
abusif. En créant trop d’illusion, ne devenez-vous
pas la proie d’une tromperie ? Si j’ouvre
des possibilités d’interprétation
par de simples suggestions, je vous laisse libre et prouve
ma considération envers vos qualités de
jugement. Mais à quel stade en viendrais-je à
me rendre illisible ? Tous réglages restent entre
vous et moi. Le plan sur lequel vous regardez mon tableau
est le même que celui d’où je me suis
tenu pour le produire. Nous regardons la même chose,
nos têtes se superposent sur un emplacement commun.
Peut-être celà nous unit-t’il ? La
peinture n’est pas une marchandise comme les autres,
elle est même tout sauf une marchandise. C’est
un événement comparable à une naissance
dans une famille, elle doit trouver sa place chez vous
et grandir au long de votre vie, c’est un cœur
qui bat sur les murs de la maison, une fenêtre de
l’esprit.
Calméjane
Yves (2011)
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“L'avancé fleurie”
– Ref. 289 – Huile sur toile 10F – 55 x 46 cm
de h.
Thorame (Alpes-de Haute-provence) – 17 août 2011
Commentaires sur le film :
• "L'art c'est l'humain. Regardez le regard
d'Yves Calmejane, et vous comprendrez la dimension de son
amour et de sa quête." – Alexis
Flanand
• " C'est avec un réel bonheur et
plaisir que j'ai regardé plusieurs fois votre DVD.
C'est surprenant, je m'attendais et j'espérais voir
ce que j'ai vu, ce que j'avais par avance imaginé...
Un peintre heureux, en parfaite harmonie avec ce qu'il cherche,
ce qu'il fait, ce qu'il est, tout simplement. Je ne suis
pas "déçue" bien au contraire. J'ai
vu un homme heureux comme un enfant lorsqu'il court à
travers un champ de fleurs. Un homme qui n'a pas perdu son
âme d'enfant, sa spontanéité si touchante
qui m'a fait sourire, rire et émue bien entendu.
J'ai ressenti à travers ce portrait le petit garçon
toujours présent qui côtoie malicieusement
cet homme devenu peintre. Il y a toujours cette humilité,
cette persévérance et cette légèreté
que je trouve chez vous. De belles qualités en somme.
Face à ce paysage si beau parfois presque irréel,
face à cette montagne massive malgrè son éloignement,
face aux couleurs qui éclatent généreusement,
face aux fleurs qui inondent l'espace, face à ce
jaune si lumineux qui rendrait presque jaloux le soleil,
face à tout cela et bien plus encore mes yeux se
sont émerveillés. J'ai aimé les peu
de mots, les forts silences non pesants et nécessaires,
les silences qui n'en sont pas si l'on sait regarder, écouter.
Le chant du pinceau sur la toile tendue tel un tambour,
sa résonnance mêlée aux mouvements du
peintre, aux battements de son ressenti, de son humeur,
de son instinct de peintre. La découverte du bruissement
du pinceau mêlée aux bruissements des insectes
alentour, l'hésitation puis la détermination
du pinceau qui mêle la couleur, ces minuscules montagnes
de couleurs posées rigoureusement sur la palette
et qui par magie deviennent à leur tour paysage dans
la toile et prennent vie. Merci, j'ai aimé le DVD
de Monsieur Alexis Flamand pour tout cela, durant 19 minutes,
le voyage en valait la peine. Merci de m'avoir fait partagé
ce moment, j'ai appris aussi... Votre générosité
et votre simplicité sont de belles valeurs de peintre,
de belles couleurs que vous avez su préserver avec
grâce. Je ne sais pas si - l'art est une blessure
qui devient lumière - ( selon Braque ) mais c'est
sûr c'est en tous les cas une lumière indispensable
et nécessaire pour respirer la vie." –
I. Desternes
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